Dans la Grand’Anse, au sud d’Haïti, l’entrepreneure Rébetha Charles a créé REB Lokal, une entreprise agroalimentaire qui achète les récoltes de petits agriculteurs avant de les transformer dans son unité de production. Son objectif est de donner davantage de valeur aux produits cultivés dans le pays et de soutenir les exploitants confrontés à des difficultés de commercialisation.
Originaire de Jérémie, dont elle est issue, Rébetha Charles a étudié l’agronomie. Âgée de 38 ans, elle travaille dans le département de la Grand’Anse, où elle a développé cette activité autour de la transformation de produits agricoles locaux. Le nom de l’entreprise reprend une forme abrégée de son prénom, tandis que le terme « Lokal » renvoie à la volonté de mettre en avant la production haïtienne.
Des récoltes transformées sur place
REB Lokal se fournit auprès de petits producteurs et transforme leurs récoltes en produits alimentaires présentés comme locaux, nutritifs et durables. Cette étape de transformation vise notamment à limiter les pertes qui surviennent lorsque les agriculteurs ne parviennent pas à vendre leurs produits à temps. Elle permet aussi de proposer des aliments finis plutôt que des matières premières vendues sans transformation.
« Nous travaillons avec un réseau de fournisseurs », a expliqué Rébetha Charles à Global Voices.
Selon l’entrepreneure, l’activité de l’entreprise apporte une garantie supplémentaire aux agriculteurs, qui peuvent écouler une partie de leur production malgré les obstacles rencontrés sur les marchés. La transformation permet également de conserver certains produits plus longtemps et de créer une chaîne économique reliant les cultivateurs, l’unité de fabrication et les consommateurs.
Un marché dominé par les produits importés
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de forte dépendance d’Haïti à l’égard des importations. Global Voices rappelle que la baisse importante des barrières tarifaires sur les marchandises étrangères, notamment celles provenant des États-Unis et de la République dominicaine, a progressivement renforcé la présence de produits importés sur le marché haïtien. Le média situe l’amorce de cette évolution dans les programmes d’ajustement structurel engagés entre 1994 et 1995, dans le cadre d’accords conclus entre le gouvernement haïtien et des institutions financières internationales, dont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.
Cette concurrence pèse sur les agriculteurs qui dépendent d’une agriculture de subsistance et disposent souvent d’équipements traditionnels ou rudimentaires. À ces contraintes s’ajoutent les difficultés liées aux infrastructures, à l’instabilité politique et à la violence des groupes armés. Dans ce cadre, l’entreprise de Rébetha Charles cherche à maintenir un débouché pour des récoltes qui risqueraient autrement de se détériorer ou de ne pas trouver preneur.
Une initiative ancrée dans l’économie locale
Le modèle de REB Lokal repose sur plusieurs activités directement liées à la production nationale :
- l’achat de récoltes auprès de petits agriculteurs;
- la transformation de ces produits dans une unité installée en Haïti;
- la commercialisation d’aliments issus de matières premières locales;
- la réduction des pertes agricoles grâce à une conservation et une transformation adaptées.
À travers cette démarche, Rébetha Charles défend une consommation davantage tournée vers les produits haïtiens. Son parcours illustre aussi la manière dont des initiatives privées tentent de maintenir une activité économique dans les régions éloignées des grands centres, alors que la production nationale reste confrontée à la concurrence des importations et aux faiblesses des infrastructures.