Le documentaire Black Zombie, réalisé par Maya Annik Bedward, s’intéresse à l’histoire du Vodou haïtien et aux représentations qui en ont été données par le cinéma, notamment dans les productions hollywoodiennes. Le film part de la figure du zombie pour examiner une mémoire liée à l’esclavage, au travail forcé et à la dépossession de la liberté. Il s’inscrit ainsi dans une démarche de réévaluation culturelle plutôt que dans la simple reprise des codes du film d’horreur.
Le documentaire rappelle que la spiritualité haïtienne a longtemps été réduite, sur les écrans, à des images de sorcellerie, de malédiction et de menace. Dans White Zombie, sorti en 1932, le personnage interprété par Bela Lugosi transforme des êtres vivants en travailleurs soumis dans une plantation sucrière située en Haïti. Des décennies plus tard, The Serpent and the Rainbow, réalisé par Wes Craven en 1988, reprend à son tour la figure d’un praticien présenté comme capable de voler l’âme et de fabriquer des zombies.
Une tradition présentée au-delà de la fiction horrifique
Selon le documentaire, ces récits ne décrivent pas la réalité du Vodou, mais construisent une vision déformée de cette tradition. Le terme utilisé dans le langage courant du cinéma américain est lui-même remis en question : les Haïtiens parlent de Vodou, un mot rattaché à vodún, qui signifie « esprit » ou « divinité » dans les langues fon et éwé d’Afrique de l’Ouest. La tradition haïtienne s’est formée à partir de pratiques spirituelles ouest-africaines, dans le contexte historique de la traite transatlantique et de l’esclavage.
Daphnée Nostrome, responsable du changement des systèmes et artiste d’ascendance haïtienne établie à Toronto, a participé au projet en qualité de consultante culturelle. Son travail artistique est consacré au renouveau culturel. Dans le documentaire, la représentation de Baron Samedi est également réexaminée. Associé dans plusieurs films à la mort et à la menace, il est présenté dans le Vodou comme le gardien des passages entre la vie et la mort, ainsi que comme une figure liée à la guérison.
- Baron Samedi est décrit comme une figure spirituelle et non comme un sorcier malfaisant.
- Le mot Vodou est distingué des usages déformés du terme « voodoo » dans le cinéma.
- La figure du zombie est reliée à l’histoire de l’esclavage et du travail forcé.
Le zombie comme métaphore historique
Black Zombie suit l’évolution de cette figure dans plusieurs œuvres marquantes, dont Night of the Living Dead et The Serpent and the Rainbow. Le film montre comment le zombie a progressivement dépassé le cadre de la légende pour devenir une métaphore de personnes privées de liberté, contraintes au travail et enfermées dans une existence de souffrance. Cette lecture replace donc le récit du zombie dans une histoire sociale et politique plutôt que dans un imaginaire exclusivement fantastique.
À travers ce travail, Maya Annik Bedward met en relation l’histoire du Vodou haïtien, la mémoire de la traite et la persistance des stéréotypes à l’écran. Le documentaire examine ainsi la distance entre une pratique spirituelle enracinée dans l’histoire d’Haïti et les personnages fabriqués par l’industrie cinématographique. Il contribue à déplacer le regard : le Vodou n’y apparaît plus comme un ressort de peur, mais comme une tradition issue de trajectoires historiques, de croyances et de résistances culturelles.