Le régulateur dominicain des télécommunications, l’Indotel, a attribué à l’unanimité un large bloc de fréquences à l’opérateur vietnamien Viettel, déclenchant une série de réactions politiques et médiatiques qui mettent en lumière les liens transfrontaliers du groupe, notamment sa présence en Haïti sous la marque Natcom.
Décision et chiffres
En août 2026, le Conseil directif de l’Indotel, présidé par Guido Gómez Mazara, a adopté la résolution 73-2026 qui alloue à Viettel 240 MHz de spectre radioélectrique pour une concession de 20 ans. La répartition annoncée couvre 40 MHz dans la bande 700 MHz, 100 MHz en 2,3 GHz et 100 MHz en 3,6 GHz. Claro Dominicana a, pour sa part, reçu 20 MHz supplémentaires dans la bande 700 MHz; certains segments AWS n’ont pas trouvé preneur.
Réactions et tentatives de blocage
Depuis l’attribution, des voix se sont élevées pour demander une révision ou un contrôle renforcé du dossier. Le président de la Fuerza Nacional Progresista (FNP), Pelegrín Castillo, a sollicité un examen par le Consejo de Seguridad y Defensa Nacional, invoquant des motifs qualifiés de sécurité nationale en raison du caractère étatique et militaire associé à Viettel.
Le régulateur dominicain a, de son côté, dénoncé une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux et a affirmé détenir des informations sur des contacts visant à financer des attaques contre sa gestion, imputables à des intérêts économiques du secteur téléphonique souhaitant revenir sur la décision d’Indotel. Lors d’une émission, Guido Gómez Mazara a indiqué que ces pressions ne le feraient pas changer d’avis et a insisté sur la détermination de l’organisme :
« n’a pas de marche arrière »
Enjeux pour Haïti
Le cas attire l’attention en Haïti parce que Viettel exploite déjà des activités dans le pays sous l’enseigne Natcom. Les débats dominicains mettent en relief la dimension régionale des investissements et les questions de contrôle, de transparence et de sécurité qui entourent l’implantation d’un opérateur d’origine étatique. Les montants d’investissement présentés publiquement pour l’entrée sur le marché dominicain se situent entre 500 et 650 millions de dollars, avec pour objectif déclaré d’accroître la concurrence face à un marché considéré comme concentré.
- Transparence du processus : le président dominicain Luis Abinader a défendu l’ouverture du marché en arguant d’une baisse des prix et d’une amélioration de la qualité des services pour les usagers.
- Exigence de constitution locale : Viettel devra créer une société locale détentrice de la licence pour opérer en République dominicaine.
- Pression politique : plusieurs acteurs réclament un contrôle renforcé, certains évoquant des risques liés au statut de l’opérateur.
Conséquences institutionnelles
Guido Gómez Mazara a défendu la régularité et la transparence de la procédure d’attribution. Selon lui, des acteurs économiques cherchent à infléchir la décision, mais l’Indotel maintient sa ligne. L’enjeu pour les autorités dominicaines est de concilier ouverture du marché et préoccupations de sécurité nationale portées par certains partis politiques.
Pour Haïti, ce dossier souligne la porosité des enjeux technologiques et commerciaux dans l’espace insulaire : les investissements et décisions pris en République dominicaine ont des répercussions pour des entreprises actives en Haïti, ainsi que pour les usagers et les régulateurs nationaux. Les modalités finales d’implantation de Viettel en République dominicaine — et les réponses politiques qui y seront apportées — resteront à suivre de près.