Castries (Sainte‑Lucie) — Le président de la Communauté caribéenne (CARICOM) et premier ministre de Sainte‑Lucie, Phillip J. Pierre, a défendu, le 21 octobre, la décision du Conseil de sécurité des Nations unies d'autoriser le déploiement de forces étrangères en Haïti. S'exprimant à l'issue d'une réunion régionale, il a décrit la situation haïtienne comme « très triste » et assuré avoir soulevé la question auprès des autorités américaines lors du Dialogue États‑Unis‑Caraïbes.
« Haïti saigne. C'est une situation très triste. Je l'ai soulevée avec les États‑Unis, même si cela ne figurait pas à l'ordre du jour », a déclaré Phillip J. Pierre, selon la Caribbean Media Corporation (CMC).
Un soutien régional au déploiement
Pierre a expliqué avoir plaidé en faveur d'une intervention concertée et a défendu la décision du Conseil de sécurité, invoquant la dégradation sécuritaire qui a conduit au report indéfini des élections présidentielles et législatives initialement prévues le 13 décembre. Il a aussi souligné que la question d'Haïti avait été portée lors du Dialogue États‑Unis‑Caraïbes, où il a rencontré des responsables, dont le sous‑secrétaire d'État américain Christopher Landau, selon la CMC.
Le chef de la CARICOM a mis en relief la nécessité d'une réponse internationale face à la violence et au recul des institutions publiques, tout en évoquant l'impact humanitaire et politique de la crise.
Contexte présenté au Conseil de sécurité
Lors d'un récent point d'information au Conseil de sécurité, le représentant spécial des Nations unies en Haïti a dressé un tableau alarmant de l'évolution des groupes armés et de leurs répercussions sur la population et le calendrier électoral. Les éléments rendus publics comprennent notamment :
- Adaptation des groupes armés aux opérations de sécurité et multiplication des représailles contre des civils ;
- Allongement de l'emprise des groupes armés en zones rurales ;
- Report indéfini des élections nationales prévu en décembre ;
- Insuffisance actuelle du déploiement complet de la Force de répression des gangs (FRG) autorisée.
Le représentant spécial a par ailleurs indiqué que, malgré l'enregistrement de plus de 3 500 candidatures et l'inscription de plus de 35 partis politiques, le fichier électoral reste incomplet : au 5 octobre, 759 257 électeurs potentiels figuraient sur les listes, alors que l'électorat estimé atteint 6,5 millions.
| Indicateur | Chiffres rapportés |
|---|---|
| Électeurs inscrits (au 5 oct.) | 759 257 |
| Électorat estimé | 6,5 millions |
Au cours de la même présentation, des données sur la violence pour la période juillet‑début octobre ont été portées à la connaissance du Conseil : 1 123 personnes tuées et 440 blessées lors d'actes liés aux groupes armés. Les rapports ont également mentionné des cas répandus de violences sexuelles.
Intervention militaire et capacité nationale
Phillip J. Pierre a estimé que la mobilisation internationale, dont l'appui des États‑Unis, était nécessaire pour aider Haïti à rétablir la sécurité et permettre la tenue d'élections crédibles. Il a appelé à des actions coordonnées entre les partenaires régionaux et internationaux pour soutenir les institutions nationales, sans préciser de calendrier d'engagement opérationnel.
La question du renforcement des capacités nationales — Police nationale d'Haïti (PNH) et Forces armées d'Haïti (FAd'H) — figure parmi les points cités par le représentant spécial des Nations unies comme essentiels pour que l'État assume progressivement ses responsabilités en matière de sécurité.
Les propos de Phillip J. Pierre interviennent dans un contexte où plusieurs pays de la région et partenaires internationaux débattent des modalités et du mandat d'un éventuel déploiement, tandis que la situation sur le terrain continue d'influencer le calendrier électoral et les conditions humanitaires en Haïti.